Rencontre avec Perrine Leblanc 2014

Rencontre Perrine Leblanc le vendredi 14 novembre 2014

Perrine Leblanc

Perrine Leblanc

Premières impressions à la vue puis à l’échange bref avec Perrine Leblanc avant la rencontre officielle : humilité, sensibilité, culture impressionnante, intelligente.

Elle sera présente jusqu’au début du mois de janvier 2015.

La rencontre a été menée par Pascal, Directeur de Millepages, sur « Malabourg » puis par Morgane, jeune lectrice, sur « Kolia ».

Introduction :

Perrine Leblanc, romancière américaine de langue française qui écrit dans un « français pur » venant d’Europe de l’époque, reflète la thématique du Festival America et la littérature plurielle très avant-gardiste. Perrine a travaillé dans l’édition avant de se lancer dans l’écriture après ses études littéraires. Son premier ouvrage « Kolia » est en cours d’adaptation cinématographique.

Publication de son second ouvrage « Malabourg » au sein de la collection blanche de Gallimard : très prestigieux pour une jeune auteure sachant que peu d’auteurs québécois sont publiés.

« Malabourg » est une véritable révélation avec sa ville fictive avec ses troubles, disparitions, son histoire d’amour et le parfum avec sa signature unique pour une femme. Trois parties formant un tout très uni, le ciment de la littérature. La langue donne une couleur à ce livre et l’on se souvient de certaines phrases qui nous touchent au plus profond de nous-mêmes.

As-tu imaginé toute l’intégrité de l’œuvre ou es-tu partie d’un lieu, d’une question ?

Trois éléments ont permis la création de cette histoire :

  • En premier le titre est venu
  • Image littéraire d’une femme enceinte morte au fond du lac
  • Personnage d’Alexis, l’horticulteur, le parfumeur qui s’est imposé rapidement. Ce vêtement sensuel invisible du parfum
  • Structure du livre trois parties dont deux au passé simple pour mettre à distance le sujet du village imaginaire et deux styles de romances différents
  • La dernière partie s’appuie sur l’actualité (chute du gouvernement, élection de la première femme au Québec, manifestation des étudiants) avec des villes qui existent vraiment (Montréal, New York)

Est-ce un roman sur le féminin ?

C’est davantage une critique de la mentalité des villages. Inspiré par le passé de sa mère qui avait de longs cheveux noirs et qui pour cette apparence elle était souvent prise pour une jeune mère Amérindienne. Perrine n’a pas connu ça puisqu’elle a vécu à Victoria ville (45 à 50 000 personnes) à une heure trente de Montréal.

Kolia est un livre plus masculin et Malabourg est plus féminin avec une part de masculin comme le personnage d’Alexis à la fois masculin et délicat comme une femme (fleuriste et parfumeur).

Cette attirance de Perrine pour le parfum aurait pu être son métier d’aujourd’hui si à l’époque elle en avait eu connaissance. Si elle avait pu, elle aurait été soit flûtiste (mais pour cela elle aurait dû apprendre à maîtriser son trac sur scène) ou bien parfumeur.

Alexis est monomaniaque :

  • Il n’aime qu’une femme
  • Fou : à la fois chimiste et poète pour recréer une odeur précise et l’inclure dans un parfum
  • Recherche d’une odeur précise

La structure du livre est constituée comme un parfum : note de cœur, de femme et de parfum.

Vous imprégnez vous de personnages pour créer ou préférez vous la distance/ l’imaginaire ?

Elle s’est inspirée du village de sa mère qui est à neuf heures de Montréal. Elle en a de très bonnes connaissances puisque sa grand-mère y vit toujours. Elle a également effectué beaucoup de recherches sur les marées. Concernant Montréal, c’est sa ville et elle décrit son quartier. New York se trouve à 8h30 de bus et 11h de train. Elle a effectué des recherches documentaires.

A l’époque, pour Kolia, elle avait visité la Roumanie mais pas l’URSS qui n’existait déjà plus.

Tu séjournes à Vincennes, ville que tu connais bien. Tu y animes des ateliers, une chronique mensuelle. Est-ce que cette période t’a ouvert des horizons ? As-tu un travail d’écriture en cours ?

C’est une période extraordinaire et troublante parce qu’elle travaille mieux en France qu’au Québec. Tout va bien même sa vie amoureuse.

Son troisième roman se passera en Irlande (elle effectue des recherches actuellement à Vincennes au château dans les archives nationales) et à Londres. Elle a aujourd’hui vingt pages de notes et la structure du roman est là.

Donc cela va être difficile pour elle de rentrer en janvier.

Comment as-tu vécu le Festival America côté auteur ? As-tu fait des rencontres particulières entre auteurs ?

Extraordinaire, expérience formidable et elle a revue des connaissances comme Margarett Atwood à qui elle avait offert Kolia.

Ses nouvelles rencontres : Joséphine, Rita, Zacharie Richard. Ses rencontres n’ont pas de prix. Les sujets abordés sont variés et cela a permis une redécouverte d’une culture commune.

« Nous sommes des Américains de langue française et non des Français d’Amérique ».

Perrine est attachée à son continent, à son aventure en langue française.

Au Québec, l’Etat a mis en place des lois pour protéger le français (des publicités en anglais ne peuvent pas être affichées) mais hors Québec dans deux générations le français aura disparu.

Au Québec, la chaîne complète du livre est en français ! donc publier en français est naturel.

Les livres en français d’Amérique sont peu connus par les lecteurs et éditeurs français. Est-ce difficile de publier en français en France ?

Le lectorat est présent et il est très accueillant cependant les éditeurs sont frileux face aux auteurs québécois. Il existe quelques coéditions entre la France et le Québec.

Les lecteurs sont prêts pour la littérature québécoise mais un mur persiste avec les éditeurs.

Au Québec, 80 % des publications sont en français soutenu et non standard.

 

Echange avec Morgane sur Kolia

Nous sommes dans un autre monde cette fois-ci avec Kolia où nous nous retrouvons dans un camp de travail en Sibérie où Kolia va y naître. Il va avoir la chance de pouvoir y grandir et d’en sortir vivant. Que faire à la sortie de ce camp ? Où est partie la personne qu’il avait rencontrée ? Il va devenir le clown blanc.

Pour un premier roman, comment avez-vous pu aller si loin ?

Elle a choisi une langue sobre pour mettre à distance le sujet. Elle n’a pas eu l’impression de s’éloigner mais de se rapprocher de son centre.

Elle a eu une passion puis une obsession de la Russie depuis son adolescence et au début de l’âge adulte. Donc cela lui a paru naturel de mettre en œuvre ce pays dans un livre.

Elle n’a pas été en Russie parce qu’elle écrivait sur l’URSS (avant on disait « camarde » maintenant « citoyen »). Elle a par contre été en Roumanie avec son ex-compagnon. Elle se souvient de l’architecture grise et de se retrouver au milieu de jeunes qui parlent très bien le français et qui ont une bonne culture des livres. Ils avaient tous lus !!

Avec son compagnon, ils voulaient aller visiter une église orthodoxe mais ils ne la visiteront jamais parce qu’ils se feront volés trois cent dollars par un pickpocket fascinant…d’où la naissance de Kolia, clown et pickpocket qui se moque du communisme.

Perrine a aimé la beauté du geste, l’art de la rue et de la scène d’où la chorale de personnages avec des clowns fascinants. Le cirque sera la famille (bulle de chaleur) que Kolia n’a pas eu.

Beauté et protection du cirque : vivre en communauté, auberge espagnole russe. L’amitié est le fil rouge du roman. Amitié entre Kolia et son mentor qui disparaitra du camp mais qui lui laissera les clés pour vivre. Malgré son absence, le fantôme du mentor sera toujours présent tout au long du livre.

 Ce premier roman est très affirmé. Avant ce premier roman y a-t-il d’autres écrits ?

Elle a été pendant plusieurs années éditrice (soigner les autres romans, accompagner les premiers romans, beaucoup d’études, livre écrit dans un tiroir) puis elle a écrit Kolia après avoir pratiqué avec des manuscrits et des exercices d’écriture. L’écriture représente beaucoup de travail, d’exigence et de précision.

En lisant on apprend à écrire et avec son bagage universitaire où elle a mangé des œuvres entières

Que pouvez-vous nous dire sur votre prochain roman ?

Les écrivains n’aiment pas racontés parce qu’ils sont superstitieux.

Les lieux que traversera le prochain livre sont : Montréal, Boston, Londres, Belfast et Paris. Pas Vincennes mais elle ira aux archives de la Défense.

Le titre provisoire : trois solitudes (inspiration d’un roman fondateur Two solitituds qui est devenu une expression aujourd’hui pour montrer l’éloignement entre la culture anglosaxone et francophone).

Mise en scène de trois personnages : un français, un irlandais et un québécois.

Elle remettra son manuscrit en janvier 2016 et nous avons pris rendez-vous chez Millepages de Vincennes pour l’ouverture du troisième livre de Perrine Leblanc en septembre 2016 ou janvier 2017.

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