Rencontre avec Joana De Fréville « Le pas du lynx »

Joana De Fréville_Le pas du lynx

Joana De Fréville_Le pas du lynx

Rencontre avec Joana De Fréville le 26 février 2015 au sein de la librairie indépendante Le Rideau Rouge – Paris 18 ème 42 rue de Torcy

Avant de vous faire part de la rencontre, je souhaite vous faire partager ma belle découverte de la librairie Le Rideau Rouge qui se trouve à proximité du métro Marx Dormoy. La devanture donne envie d’y entrer et quand on est à l’intérieur nous n’avons pas envie d’en sortir. Les trois libraires sont jeunes, dynamiques et très accueillants. J’ai aimé l’atmosphère de cette librairie. Ce que j’ai beaucoup aimé c’est la variété des styles littéraires qui visent aussi bien les jeunes, les adolescents que les adultes dans un espace réduit. C’est un espace magique de petite taille qui entrepose beaucoup de livres. Autre chose que j’ai beaucoup aimé ce sont les coccinelles qui indiquent les coups de cœur des libraires discrets et efficaces !

Lorsque l’on passe derrière la caisse, nous pouvons descendre des escaliers qui mènent à un lieu intime, refait sans prétention où nous avons hâte de découvrir Joana De Fréville. Cette rencontre s’est faite dans une atmosphère douce, intime et remplie de complicité : un pur bonheur !

En deux mots concernant le livre de Joana De Fréville : premier roman stupéfiant où un étrange contrat lie deux personnages solitaires : elle répond à une annonce pour danser sans parler le tango argentin mais rapidement ce contrat ne sera pas respecté. Coup de cœur de la librairie Le Rideau Rouge. La rencontre a été ponctuée de lectures de plusieurs extraits de l’ouvrage.

Question : Pouvez-vous nous parler des deux personnages ?

La particularité des deux personnages : ils n’ont pas envie de parler, leur histoire personnelle est gommée sauf pour elle concernant un fait.

Le silence se trouve dans la danse mais aussi dans l’écriture pour laisser l’imaginaire du lecteur l’emporter.

Question : Nous ressentons une alternance entre silence, vitesse et urgence. Comment l’expliquez-vous ?

L’écriture s’y colle. Joana De Fréville adore les phrases longues mais le livre n’est pas construit ainsi parce ça ne colle pas aux personnages qui n’ont pas le temps.

Question : Y a-t-il une véritable urgence à vivre ?

Complètement et à vivre encore et à revivre.

Question : A la première lecture on a le sentiment de phrases courtes mais à la deuxième lecture on se rend compte que les phrases sont longues et c’est le rythme qui est court. Qu’en pensez-vous ?

L’écriture fait beaucoup dans l’histoire. Ce qui intéresse le plus l’écrivain c’est la matière de l’écriture. Des phrases s’attaquent au marteau-piqueur et parfois d’autres au touché du bout des doigts. Mise en lumière de ce qui se passe entre deux corps : relation des personnages avec une grande richesse sensorielle qui nous fait découvrir les deux personnages. A travers l’écriture, la parole va déborder du silence et des corps. Tous deux sont très écorchés et ils doivent vivre encore.

Question : On ne s’attend pas à ce que soit un premier roman, comment l’expliquez-vous ?

Florence Robert l’éditrice présente lors de la rencontre a souhaité répondre à la place de l’auteur. Elle a une écriture aboutie et c’est son premier roman publié mais elle a déjà écrit des romans. Son activité professionnelle l’a empêché de publier plus tôt parce qu’il requiert une grande disponibilité. D’ailleurs ceci se reflète dans l’écriture avec une rage d’écrire et des personnages dans l’urgence.

Question : Dansez-vous le tango comme les personnages ?

Oui bien sûr et elle a adoré le danser. C’est une addiction et c’est pourquoi elle a arrêtée parce qu’elle n’aime pas être dépendante. Elle a dû choisir entre danser ou écrire : choix difficile et triste. La raison majeur de ce qui lui plaisait dans le tango est la partie improvisation qu’elle a trouvée dans l’écriture.

Elle a trouvé drôle de découvrir son livre en le lisant avant la publication dans le sens où elle n’a pas décidé de ce livre et de ce couple mais ils sont venus à elle. Il y a un envahissement des personnages dans l’écriture où ce sont eux qui la guident et cela cesse dans la réécriture et la relecture finale. L’écriture prend le dessus au point que nous avons l’impression que les personnages dialoguent or ce n’est pas le cas.

Question : Le tango est une danse qui se vit. Est-ce malgré tout une danse particulière ?

Toutes les dansent se vivent. Dans le tango, il y a des figures mais le cœur de la danse c’est l’improvisation. Cela demande une écoute réciproque et il est impossible de deviner comment va danser l’autre personne avant de se lancer : c’est une intériorité qui s’extériorise. L’énergie d’un danseur ne se voit pas elle se découvre.

Question : Quel est le lien entre danse et écriture ?

Ecrire c’est du souffle, de l’énergie, un élan et c’est très charnel comme la danse. Pour écrire, il faut que l’esprit et le corps soit en adéquation comme dans la danse. Dire que le tango est une danse de séduction et sensuelle ceci l’énerve puisque pour elle le tango s’écoute avant tout avec des phases d’alternance entre doute et certitude comme dans l’écriture.

Question : Participez-vous depuis longtemps à des ateliers d’écriture ?

OUI très longtemps et elle a débuté grâce à une amie américaine qui l’avait intégré à un groupe où était présent un journaliste, un écrivain et un professeur de théâtre. L’atelier d’écriture est un entraînement entre professionnels avec des écritures en cours d’élaboration.

Aujourd’hui, elle a vécu une reconversion professionnelle parce que d’une part elle anime des ateliers d’écriture pour des institutions et d’autre part elle est devenue organisatrice des ateliers.

Question : Avez-vous le sentiment d’un apport avec la participation à des ateliers d’écriture ?

Elle a beaucoup aimé ses temps de partage et d’appréciation de l’écriture des autres. L’énergie est différente entre le plaisir d’écrire et le souhait d’aboutissement pour publier : changement de posture très fort.

Question : Qu’est ce qui fait que l’on va au bout du chantier ?

C’est l’envie de travailler dessus. L’atelier d’écriture offre des outils, un bon encadrement et le côté rassurant de la réaction des autres à la lecture de ses écrits. Etant une participante rebelle, elle respecte peut le cadre de proposition donné donc c’est dans l’animation d’écriture qu’elle prend le plus de recul et où elle a vu les pièges à éviter et l’importance du souffle.

Question : La puissance des mots est forte dans l’écriture, d’où cela vient-il ?

C’est une question difficile : ce qui l’intéresse c’est le travail de la langue beaucoup plus que l’histoire. Elle aime tout le travail sur le vocabulaire, la musique et le sens d’un mot (exemple donné : le mot ocelot).

Question : Le rythme des phrases est particulier, est ce relié à la danse ?

Ponctuation pas habituelle en effet. A chaque situation, il y a un rythme particulier pour rapprocher le plus possible le lecteur de la danse, le tango.

 

Conclusion : c’est un livre enthousiasmant et la fin s’arrête au bon moment ce qui donne beaucoup d’optimisme et de fraîcheur. Belle stratégie de dévoilement. Prochain livre en cours d’écriture mais nous n’en serons pas davantage.

Si vous souhaitez en savoir plus sur le livre, surveillez les prochains posts …

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