Rencontre avec Eric-Emmanuel Schmitt

Quelle soirée fort agréable dans un cadre à la fois épuré et raffiné avec Eric-Emmanuel Schmitt au Théâtre de la Villette !

Theatre-la-Villette

Theatre-la-Villette

Cette rencontre aurait pu être principalement axée sur son dernier roman mais, Eric-Emmanuel Schmitt qui est une personne généreuse et bavarde, nous a surtout transmis les ingrédients qui lui permettent de construire ses livres et sa philosophie de vie.

J’ai découvert ce soir un auteur humble, philosophe (de part son premier métier et son doctorat), cultivé, curieux, joyeux et un bel orateur.

Eric Emmanuel Schmitt 06 Octobre 2016

Eric Emmanuel Schmitt 06 Octobre 2016

Et pour expliquer ce ressenti, je souhaite partager avec vous ce que j’ai pu retenir :

Humble de diverses manières il a pu le montrer mais ce qui m’a marqué fut dès le début de l’entrevue lorsqu’à la question « savez-vous d’avance si votre livre va plaire? » il répond simplement « aucun sens de savoir si un livre va plaire ou pas; chaque être humain est différent et cela serait prétentieux de dire avec certitude que son livre va plaire ».

Le peu qu’il a pu dire sur son dernier roman « l’homme qui voyait à travers les visages » : c’est un roman à trois niveaux avec en niveau 1 « roman réaliste », niveau 2 « roman d’enquête » et niveau 3 « roman philosophique ». Augustin est un jeune journaliste qui a pour rêve de rencontrer Eric-Emmanuel Schmitt et malgré sa vie peu simple, la curiosité et la joie ne le quittent pas. Augustin est à la marge de la société parce qu’il ne connaît pas ses parents. Il fait un stage non rémunéré avec un patron agressif et malgré ce contexte il ne devient pas haineux parce qu’il est « pur » avec ses questions qui l’encre dans le réel : un héros philosophique (la première vertu du philosophe c’est l’étonnement, la deuxième c’est être humble « savoir que l’on ne sait pas » comme dit Socrate).

Comment s’est fait le choix du prénom ? Dès qu’il commence à écrire, il sent si le prénom qu’il utilise sera temporaire ou pas. Dans ce roman « l’homme qui voyait à travers les visages », Augustin fait référence à Saint Augustin qui voit les invisibles c’est-à-dire les morts qui accompagnent chaque être vivant. Pour Augustin, il ressent de quoi est fait une âme, il voit les invisibles qui sont ça métaphore de l’empathie.

Quel rapport a t’il avec ses personnages ? Il a des liens tellement fort que certains ne le quittent jamais comme Monsieur Ibrahim (sagesse, savoir prendre son temps) et le jeune enfant malade Oscar (grande imagination, sage). Ils sont avec lui tous les jours et ils l’influencent.

Ses personnages ont pour point commun la sagesse qu’en est-il pour lui ? A 56 ans, il se sent surtout plus libre qu’avant et le succès littéraire lui donne des ailes si l’auteur ne se fait pas emprisonner en se renouvelant. D’où son choix d’utiliser des supports variés : roman, nouvelle, film et pièce de théâtre. Lui qui admire Jacques Brel l’a cité : « Il faut que la peur se bat toujours avec le talent ». Jacques Brel arrêta d’écrire parce qu’il n’avait plus peur et il avait le talent ». Donc, il va cultiver le risque et la peur pour challenger sa maîtrise qui s’améliore.

Beaucoup d’humour dans ses romans en particulier le dernier. Pourquoi ? Le point commun entre la philosophie et l’humour c’est la distance. Donc, l’humour qu’il emploie dans le livre lui permet de prendre de la distance.

Encore une fois dans ce roman l’art du rebondissement prend le lecteur au dépourvu. Comment l’explique t’il ? « un coup de théâtre » : il aime la suspension du jugement et/ou de la pensée où le lecteur ouvre  son esprit et ainsi l’auteur l’emmène ailleurs. Le coup de théâtre doit permettre de dépasser nos frontières intérieures : c’est une ouverture pédagogique et cela stimule le réveil. Lorsqu’il a été professeur de philosophie pour amener ses étudiants vers une idée, il a subitement posé ses pieds sur la table et cela a marché !

Dans le livre il a écrit « vouloir croire est-ce déjà croire ? » peut-il nous en dire davantage ? Il ne se souvient pas de l’avoir écrit (« l’inspiration est un mystère qui arrive sans la maîtrise ») mais il croit dans le pouvoir de la fiction qui entraîne la réflexion d’où son souhait d’écrire des romans et non pas des essais. D’ailleurs, lorsqu’il a souhaité traiter de la tolérance il n’a pas écrit un essai où peu de monde aurait été intéressé et qui aurait été lu que par ceux qui sont tolérants mais il a écrit « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran »(http://labouquinerie.fr/eric-emmanuel-schmitt-monsieur-ibrahim-les-fleurs-du-coran/), lu par des millions de lecteurs. L’empathie est un instrument merveilleux pour explorer le monde et c’est un instrument utilisé par les romanciers.

D’où vient la musicalité dans ce livre ?

Sûrement de sa frustration de musicien (il voulait être compositeur) qui se reflète dans sa manière d’écrire. Il écoute ses livres avec une oreille de musicien et pas un sens d’écriture (il emploi souvent des mots à deux syllabes parce que si il y en a davantage c’est trop lourd ; tout est mesuré). D’ailleurs, il appelle son bureau un « écoutoir » : son bureau est lumineux, blanc, vide comme un auditorium silencieux, en hauteur avec une vue sur le ciel blanc de la Belgique. Le bonheur c’est quand ça sonne bien.

Qu’est ce que le bonheur ?

C’est quand on ne se pose plus de questions et que le rapport entre le monde et soi est harmonieux. Réussir à ne pas avoir de souffrances à la question qui restera sans réponse. Chaque individu à son ADN du bonheur et cela dépend du chacun pour voir la vie soit sous l’angle de la tristesse (c’est le rapport de ce qui nous manque, un rapport au vide) soit sous l’angle de la joie (rapport au plein, heureux d’être, des autres, de ce que l’on a). Donc, le bonheur c’est le pouvoir de la pensée de regarder sa vie sous l’angle de la tristesse ou de la joie.

Une anecdote parmi celles qu’Eric-Emmanuel Schmitt a raconté : sa première et seule expérience de voir un lecteur lire son livre. La seule fois où cette occasion s’est présentée se fut dans le train. Une personne s’est assis à côté de lui et il a sorti son livre. Heureusement, il ne l’a pas reconnu et après avoir lu trois pages…il s’endort. Rire général et il rebondit en citant Stravinsky qui disait de Schubert : »qu’importe qu’on s’endort, si l’on se réveille au paradis ». Donc il aime avoir des retours des lecteurs et en tant qu’auteur il se demande où le lecteur va rire, quand va t’il être surpris…

Un partage intéressant sur le socle de l’identité des individus :

Augustin écoute le frère du terroriste non pas en cherchant à le condamner mais à le comprendre pour mieux cerner pourquoi il se tourne vers la religion. L’identité a trois socles : la place dans la société, la place dans la famille et la place dans la spiritualité. Quand al société nous refuse une place surtout à l’adolescence (comme le jeune frère du terroriste), on compense avec la famille et la spiritualité. Dans le cas présent, la famille est déstructurée et la mère détruite donc il s’appuie sur son dernier socle, la religion.

Expression d’Eric-Emmanuel Schmitt : « La confiance est la version laïque de la foi »

 

Dédicace Eric Emmanuel Schmitt 06 Octobre 2016

Dédicace Eric Emmanuel Schmitt 06 Octobre 2016

Eric Emmanuel Schmitt 06 Octobre 2016

Eric Emmanuel Schmitt 06 Octobre 2016

1 commentaire

  • Répondre novembre 14, 2016

    musy

    sympa la dédicace

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