Critique « Stasi Child » de David Young publié ce mois-ci

Stasi Child David Young

Stasi Child David Young

En plein hiver 1975 à Berlin-Est, Karin Müller, lieutenant de la Kripo (police criminelle de l’Allemagne de l’Est) et le sous-lieutenant Werner Tilsner sont appelés pour aller près du mur où une jeune adolescente a été abattue avec violence. La Stasi va s’intéresser à cette enquête en demandant à la police de la RDA de rechercher uniquement l’identité de la jeune fille et non les causes du meurtre et le meurtrier. A première vue, la jeune adolescente aurait tenté de fuir vers l’Ouest pour rechercher une vie meilleure mais les empreintes de pas et de pneus dans la neige contredisent la cause de la présence de la jeune fille si près du mur.

Ce roman de David Young commence très fort, dès les premières pages, avec la première scène où après une soirée arrosée, Karin se réveille dans le lit de Tilsner (chacun d’eux est marié…) puis l’arrivée de Klaus Jäger et le mystère qui l’entoure (pourquoi la Stasi demande à la Kripo de s’occuper de cette enquête ? Pourquoi autant de restrictions dans l’enquête ? Pourquoi des rendez-vous secrets et l’interdiction de révéler toute information à quiconque ?). Karin et Tilsner vont nous entraîner à l’Ouest, au cœur de Berlin et à Rüger, station balnéaire sur les côtes de la Baltique, pour mener à bien cette enquête.

Les descriptions détaillées de la vie en RDA dans les années 70 sont riches et apportent une atmosphère au roman en démontrant le début de l’effritement du système communiste avec les fuites vers l’Ouest, les premières rébellions et les rêves de l’Ouest persistants.

Le lieutenant Müller, seule femme a dirigé une brigade, essaye d’éviter les pièges politiques du système tout en tenant son cap « révéler la vérité de ce meurtre que cela provoque un retentissement sur le régime actuel ou pas ». En parallèle, elle doit apprendre à observer ses proches pour se protéger (période trouble où les espions se cachent là où on les attend le moins). Au cœur de cette période fragile pour le régime, Karin doit mener de front sa vie privée et sa vie professionnelle.

Le côté politique des années 70 est très bien représenté par le couple formé par Karin et Gottfried : ce dernier est professeur de mathématiques attiré par l’Ouest et fréquentant des conspirateurs (d’ailleurs il a été réprimandé d’où son passage à la maison de correction de Prora Ost) alors que Karin est fidèle à son parti et ne partage pas l’enthousiasme de son mari pour l’Ouest. Est-ce qu’un couple peut survivre dans un système politique et social basé sur le mensonge et la dissimulation ?

Le roman de David Young prend une tournure décisive au moment où Müller et Tilsner sont à la maison de correction de Prora Ost (découverte macabre de ce qui se trame progressivement derrière cette enquête) et lorsque Gottfried est cueilli chez lui de manière brutale. Le lecteur entre dans la noirceur de l’être humain…

Ce premier roman noir, très documenté est prometteur !!

Quel lecteur ? Tout lecteur appréciant les romans policiers ou l’époque des années 70 en RDA

Combien de temps pour le lire ? Une semaine

Quelle note ? 4,5 /5

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