Critique « Bingo’s run » de James A. Levine

Bingo'run_James A.Levine

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James A. Levine nous emmène au cœur du Kenya, dans la capitale Nairobi et de son bidonville dans son roman « Bingo’s run ».

Bingo Mwolo, « le Nabot », apprend à survivre dans ce milieu où règne la débrouille et la loi du plus fort. C’est un jeune garçon de quinze ans qui a un retard de croissance : il en paraît dix et il joue parfois en faisant l’enfant attardé alors qu’il a une grande intelligence. Bingo a un don : il est le coureur le plus rapide de Nairobi ce qui est une pépite en or pour les narcotrafiquants de son quartier. Il devient donc livreur de drogues.

Orphelin il s’est mis en place un code de conduite en douze commandements pour survivre dans ce milieu où tout peut basculer en quelques secondes : être discret, ne pas voler Wolf, être fiable et rapide pour éviter d’être attrapé par la police et d’attirer les problèmes. Grâce à son « métier », il arrive à tirer des revenus pour vivre et il est apprécié par son employeur, Wolf. Il emmène souvent son ami « simplet » Slo-George avec lui. Bingo mène une vie bien solitaire et il compte deux amis réellement : Slo-George et Thomas Husa, un de ses clients qui est un peintre fou au grand talent.

Petite anecdote qui m’a marqué et qui révèle uniquement dans ses moments l’enfant qu’il est au fond de lui : lorsqu’il ne court pas, il aime se balader avec son ami Slo-Geroge et surtout embêter Krazi Hari qui vit sur un tas d’ordure et qui passe ses journées à lire tout ce qu’il trouve (un bout de journal ou une étiquette de boîte de conserve). Ils lui jettent tous ce qu’ils trouvent en essayant de le viser et surtout pour le plaisir de l’entendre râler – plaisir réciproque pour Krazi.

Tout bascule le jour où allant effectuer la livraison exceptionnelle de l’argent récolté au plus gros dealer de Nairobi, Boss Joni, il est témoin de son assassinat par Wolf qui ne l’a pas vu. Il va rapidement se retrouver dans un orphelinat géré par le père Matthew « comptable des trafiquants voir le big boss » pour être protégé puis il va être adopté par une américaine riche marchande d’art, Mrs Steel, où ses mésaventures vont continuer.

J’ai beaucoup apprécié la ressemblance que l’on découvre progressivement entre cet enfant pauvre des bidonvilles du Kenya et cette riche américaine marchande d’art où malgré les origines et le mode de vie différents, la nature des deux personnages est fondamentalement proches.

James A. Levine arrive à travers son écriture à faire passer ce métier de livreur de drogues comme un métier standard avec ses codes et il nous emporte dans cette société parallèle du bidonville avec aisance. La seule difficulté que j’ai rencontré dans l’écriture fut les changements brutaux d’un style naïf et soutenu à un style vulgaire et violent. Le ton vulgaire m’a cependant un peu dérouté parce qu’il n’apporte pas de valeur ajoutée. De plus, les femmes sont considérées comme des simplettes et comme des objets sexuels hormis Mrs Steele qui se révèle bien complexe.

Les chapitres courts donnent un rythme d’action et le lecteur court avec Bingo et retient son souffle à chaque instant.

C’est ouvrage « Bingo’s Run » est un portrait de la jeunesse du Kenya qui est confrontée à la pauvreté, la malnutrition, le sida, le manque d’éducation, la violence et la corruption. Ce livre révèle l’exploitation des enfants au profit des adultes dans un but de richesse et de corruption. James Levine apporte aussi un regarde critique sur le milieu de l’art en mettant en avant la naïveté des acheteurs, le capitalisme absurde et la malhonnêteté des intermédiaires.

Pour conclure, j’ai beaucoup apprécié la première partie du roman avec le contexte des bidonvilles et la vie de Bingo « les aventures du plus grand coureur de Nairobi » mais je me suis légèrement lassée de la partie adoption qui trainaît « l’aventure humaine » mais heureusement la dernière partie avec la légende de l’araignée, des fils de soie et la connaissance réelle de Mrs Steele ont ravivé ma course dans la lecture.

Très beau conte africain où des touches sur les coutumes ancestrales se retrouvent tout au long des chapitres.

 

Quel lecteur ? Tout lecteur intéressé par le continent africain

Combien de temps pour le lire ? une semaine

Combien de pages ? 259 pages – Editions Piranha

Quelle note ? 3,5/5

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