Article de l’Express sur Gilles Legardinier

Je souhaite partager avec vous cet article de l’Express sur Gilles Legardinier (voir ma dernière critique sur ce dernier).

Par Delphine Peras publié le 17/10/2014 à  15:01, mis à jour le 17/11/2014 à  16:39

Ses comédies déjantées, reconnaissables au matou en couverture, sont autant de best-sellers réconfortants. Il récidive avec Ça peut pas rater! Portrait d’un auteur atypique.

Il est moins connu, mais trône pourtant à la troisième place du palmarès des ventes, après Marc Levy et Guillaume Musso. Un chiffre : 1,9 million d’exemplaires écoulés, selon son éditeur -tous titres et éditions confondus. Et des traductions dans une vingtaine de pays. « Merci de vous intéresser à mon travail », répète ce presque quinquagénaire affable, de taille moyenne, belle gueule de mousquetaire -on le verrait bien dans le rôle d’Aramis, l’abbé laïque-, un peu méfiant avec ces journalistes qui l’ont longtemps boudé.

Son succès, Gilles Legardinier, auteur discret, voire secret, le doit uniquement au bouche-à-oreille et à ce drôle de chat qui surgit invariablement sur les couvertures de ses livres. L’animal a déboulé en 2011 avec Demain j’arrête !,comédie sur les péripéties d’une trentenaire amoureuse de son voisin de palier : plus de 500000 exemplaires vendus depuis, dont les deux tiers en poche. Rebelote pour Complètement cramé!,puis Et soudain tout change.Sa martingale ? Des histoires limite loufoques, sans prétention littéraire, pétries de bons sentiments, avec « happy ending »de rigueur. D’authentiques « feel good novels »-des « romans qui font du bien ».

« Ses livres sont des doudous »

Selon Gérard Collard, le libraire médiatique de la Griffe noire, à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne), « Gilles Legardinier fait oeuvre sociale en apportant réconfort, optimisme et humour. Ses livres sont des doudous ». Le nouveau, Ça peut pas rater !, tiré à 100 000 exemplaires, n’y déroge pas. Il met en scène une demoiselle abruptement larguée par son odieux petit ami, bien décidée à en faire baver aux hommes mais rattrapée par Cupidon. En toile de fond, le petit monde de l’entreprise menacée par des vilains financiers.

Solidarité, amitié, tolérance, « déconne » souvent, amour toujours : autant de thèmes familiers au plus grand nombre, traités ici d’une plume plutôt plaisante, parfois débraillée. Il assume : « Je ne réfléchis pas mes livres, je les ressens. » Céline Thoulouze, qui fut longtemps son éditrice au Fleuve, renchérit : « Gilles ne s’inscrit nulle part, il a sa voix et tient à la garder. » Quitte à inventer des mots : « Je globiche » – variante de « bicher ». Derechef, dans Ça peut pas rater !, un matou fait des siennes.

« J’ai trente ans de culture de l’image, je savais que cet animal fédérateur allait attirer l’attention. » Gilles Legardinier travaille de longue date pour le cinéma. Une passion de gosse concrétisée sans attendre d’avoir le bac : stagiaire, puis pyrotechnicien, il se spécialise dans les effets spéciaux et, à partir de 1996, rédige des dossiers de presse avec Pascale, son épouse et alter ego (une idylle de lycée, vingt-cinq ans de mariage), pour toutes sortes de productions, blockbusters et films d’auteur, au sein de leur agence, Coming Soon.

Résultat, des journées pied au plancher, ses romans l’accaparant de 4 à 7 heures du matin dans son pavillon de Saint-Leu-la-Forêt (Val-d’Oise). A force de travailler sur de « mauvais scénarios » en tant que « script doctor », il s’est dit « qu’un de plus n’allait pas bouleverser l’ordre du monde! » Ce seraL’Exil des anges, thriller repéré par Céline Thoulouze avant de recevoir le prix SNCF du Polar en 2010. L’occasion pour l’auteur d’être « baladé » en train pendant un an vers tous les Salons du livre. Ça ne vaut pas la cérémonie des Oscars, « beaucoup plus glamour », estime Gilles Legardinier, plus d’une fois invité à Hollywood.

Un « serial writer » à l’imagination débridée.

Mais motus sur ses activités avec le 7e art, dont il côtoie certainement le gratin. « Je ne veux pas que ça phagocyte mes romans. » Tout semble très maîtrisé chez ce forçat de travail, qui a beaucoup appris du cinéma -au point de déposer les titres de ses ouvrages à l’Inpi. Il tient aussi à contrôler l’adaptation pour le grand écran de Complètement cramé!, sur laquelle il planche avec deux coscénaristes.

« Lire pour m’évader, je n’en ai pas besoin, revendique ce« serial writer » à l’imagination débridée. Je préfère cuisiner à manger. C’est la vie qui m’inspire. » La sienne, Gilles Legardinier s’en ouvre d’abord à ses lecteurs, « âgés de 12 à 94 ans », en répondant quotidiennement à une trentaine de messages sur son blog. Et il s’adresse systématiquement à eux en fin de roman -sur huit pages pour le dernier. Dans le précédent, Et soudain tout change, il révélait ainsi avoir été abandonné à 6 mois au pied d’une chapelle parisienne du VIe arrondissement et adopté par des parents extra. « Ce n’est pas la peine d’en faire toute une histoire, j’ai eu une enfance formidable. »

Rompu à l’exercice de la dédicace, l’écrivain emballe les foules. « Il passe du temps avec le public sans se forcer, jusqu’à vingt minutes avec la même personne, témoigne Gérard Collard. Il a de l’empathie pour ses lecteurs. » Lesquels le lui rendent bien, à en juger par les centaines de commentaires enthousiastes qui fleurissent sur Amazon. « Gilles ne se repose pas sur ses lauriers, insiste sa femme, Pascale. Il ne perd jamais le contact avec le réel. » D’où son choix de conserver les deux casquettes : « Par fidélité pour nos clients de l’agence, mais aussi parce que je veux garder la tête froide. Dans l’édition, quand vous vendez 100000 exemplaires, vous êtes une vedette. Au cinéma, quand votre film fait 100000 entrées, vous n’en tournerez pas d’autre. » Une vraie sagesse de chat…

A très bientôt sur la Bouquinerie !

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